La question revient à chaque conversation, au showroom comme en famille : tout le monde s'est mis au spa pendant le confinement, est-ce que ça va retomber ? Autrement dit, est-ce qu'on achète un objet de fond ou la lubie d'une époque ?

On lit beaucoup d'avis sur le sujet et très peu de chiffres. Nous allons donc répondre avec les nôtres, que personne ne publie.

Oui, il y a eu une bulle, et elle est mesurée

Le secteur a connu six années de hausse consécutives jusqu'en 2021, dont deux années absolument hors normes : le chiffre d'affaires a progressé de 21,5 % en 2020, puis de 32 % en 2021, d'après la fédération professionnelle. Confinements, frontières fermées, vacances annulées : l'argent des voyages est parti dans le jardin.

Puis la correction est arrivée, et elle a été brutale. Le nombre de piscines livrées a reculé de 16 % en 2023, puis de 16,3 % en 2024. Les causes citées par la profession n'ont rien de mystérieux : construction neuve au plus bas, transactions immobilières en baisse, moral des ménages en berne, et des étés médiocres.

Deux précisions d'honnêteté, parce qu'elles changent la lecture. Ces chiffres sont ceux de la piscine, pas du spa : la fédération s'appelle Piscine et Spa mais communique sur la piscine, et nous n'avons trouvé nulle part de chiffre national publié pour les ventes de spas domestiques. Et surtout, même après deux années de recul, le marché reste nettement au dessus de son niveau d'avant 2020. Une mode qui retombe repasse sous son point de départ. Celle-ci s'est stabilisée plus haut.

Ce que montrent nos propres chiffres

Faute de statistique nationale sur le spa, voici la nôtre. Toutes les comparaisons qui suivent sont faites du 1er janvier au 31 août, la même fenêtre pour chaque année, sans quoi l'année en cours paraîtrait en chute libre par construction.

Les demandes de devis

Année, du 1er janvier au 31 aoûtDemandes de devisÉvolution
2024379
2025289-24 %
2026307+6 %

Et là, il faut être honnête, parce que c'est tentant de s'arrêter à la bonne nouvelle. La demande a bel et bien décroché en 2025, de 24 % sur un an. Elle est repartie en 2026, mais modestement, et elle n'a pas retrouvé son niveau de 2024. Quiconque vous dira que le marché est reparti comme avant vous raconte une histoire.

Ce profil n'a rien de local. À l'échelle nationale, la profession a annoncé pour l'été 2025 des ventes en hausse de 3,5 % et des demandes de devis en hausse de 7,5 % sur un an : une reprise réelle, et modeste elle aussi. Là encore, ces chiffres sont ceux de la piscine.

Si l'histoire s'arrêtait là, on conclurait à une mode qui retombe lentement. Sauf qu'il existe une seconde série, et elle raconte l'inverse.

Le chiffre qui tranche vraiment

Les ventes de spas mesurent l'envie d'acheter, c'est à dire exactement ce qu'une mode fait gonfler. Elles ne prouvent donc pas grand chose. Les ventes de produits d'entretien, elles, ne dépendent que des gens qui se servent encore de leur spa. Filtres, traitement de l'eau, correcteurs de pH : on n'en commande que si on soulève encore la couverture.

Année, du 1er janvier au 31 aoûtCommandes d'entretienÉvolution
2024353
2025402+14 %
2026472+17 %

Trois années consécutives de hausse, de 353 à 472 commandes sur la même fenêtre, soit 34 % en deux ans. Et la fidélité va dans le même sens : 40 % de nos clients de 2023 et 40 % de nos clients de 2024 commandent encore aujourd'hui, et 33 % de nos clients ont commandé plus d'une fois.

C'est l'argument qui clôt le débat, et il tient en une phrase : une mode ne rachète pas de filtres trois ans plus tard.

Une réserve, pour être complet : une partie de cette hausse peut venir de notre propre développement et non du seul parc installé. Mais la fidélité, elle, ne s'explique pas ainsi : ce sont les mêmes foyers qui reviennent, et on ne revient pas commander du correcteur de pH pour faire plaisir à son vendeur.

Deux courbes qui divergent, et c'est tout le sujet

Mettez les deux séries côte à côte. Les demandes de devis baissent, les commandes d'entretien montent. Ce n'est pas contradictoire, c'est la signature exacte d'un marché qui sort d'une mode et entre dans l'équipement.

Les demandes de devis suivent l'économie : taux d'intérêt, transactions immobilières, confiance des ménages. Elles disent si les gens achètent en ce moment. Les commandes d'entretien, elles, ne suivent que le parc installé et son usage réel. Elles disent si les gens se servent de ce qu'ils ont acheté. La première a fléchi avec la conjoncture, la seconde n'a jamais cessé de monter.

D'où vient l'engouement, vraiment

Le confinement a été le déclencheur, pas la cause. Il a surtout accéléré des mouvements plus anciens.

  • Le report de la dépense de vacances vers le domicile. C'est l'explication que donne la profession elle-même pour 2020 et 2021, et elle ne s'est pas entièrement inversée depuis : beaucoup de foyers ont pris goût à un équipement dont ils profitent toute l'année plutôt qu'une semaine en août.
  • La culture du bain chaud, venue du nord. Elle n'a rien de neuf en Scandinavie, au Japon ou en Allemagne. Elle est simplement arrivée chez nous sous une forme domestique.
  • La récupération et le bain froid. Le sujet est passé du sport de haut niveau au grand public en quelques années. Nous lui avons consacré un article entier, parce que ce qu'on lit dessus mérite d'être trié : ce que dit vraiment la recherche.
  • Le domicile devenu lieu de vie. On investit davantage dans un endroit où l'on passe ses journées que dans celui où l'on rentre dormir.

Ce qui a changé, ce n'est pas l'envie, c'est l'acheteur

Le vrai basculement n'est pas dans les volumes, il est dans les questions. En 2021, on nous demandait le nombre de jets et la couleur. Depuis la flambée des prix de l'électricité, la première question posée au showroom est devenue : combien ça consomme ?

Cette bascule a fait beaucoup de bien au métier. Elle a écarté l'achat d'impulsion, celui qu'on regrette au premier hiver, et elle a laissé les acheteurs qui calculent. C'est aussi pour cette raison que nous publions le coût annuel réel modèle par modèle, avec la méthode de calcul : sur un marché d'impulsion, personne ne demande ce genre de chose.

Alors, effet de mode ou pas ?

Les deux, et il faut séparer les deux.

La flambée de 2020 et 2021 était bien une bulle. Deux années à plus de vingt et plus de trente pour cent ne se reproduiront pas, et ceux qui ont bâti leur entreprise sur ces volumes l'ont appris en 2023.

L'usage, lui, n'est pas une mode. Le niveau national s'est stabilisé bien au dessus de l'avant-2020, et surtout les foyers équipés continuent d'entretenir leur bassin année après année, en nombre croissant. Ce n'est pas ce que fait une lubie.

Autrement dit : il se vend moins de spas qu'en 2021, et ceux qui sont installés servent davantage. Le marché a cessé d'être porté par l'impulsion, il l'est désormais par l'usage, ce qui est une assise beaucoup plus solide.

Si vous voulez vérifier vous-même dans cinq ans, ne regardez pas les ventes de spas, qui suivent l'humeur du moment et les taux d'intérêt. Regardez les ventes de produits d'entretien. Elles ne mesurent qu'une chose, et c'est la seule qui compte : combien de gens se servent encore de ce qu'ils ont acheté.

Et si la question derrière votre question était plutôt « est-ce le bon moment », elle a sa propre réponse, qui n'est pas celle qu'on croit : quand acheter un spa.