Posez la question « un spa, ça fait combien de décibels ? » et vous obtiendrez, sur les premières pages de résultats, des réponses qui ne peuvent pas être vraies en même temps.

Ce qu'on litÀ propos de quoi
« moins de 30 décibels »la filtration
« 70 décibels, comme une conversation »la filtration, aussi
« entre 40 et 80 décibels »les jets
« de 41 à 67,4 décibels »selon la marque

Trente et soixante-dix décibels pour la même chose, ce n'est pas une nuance : c'est un murmure contre une conversation animée. Et aucune de ces sources ne précise la seule information qui rendrait son chiffre exploitable.

Un décibel sans distance ne veut rien dire

Le son s'affaiblit en s'éloignant de sa source. À l'air libre, loin des murs, le niveau perd environ six décibels chaque fois que la distance double. Une mesure prise à un mètre et la même prise à quatre mètres sont donc séparées d'une douzaine de décibels, ce qui suffit à expliquer, à lui seul, l'essentiel des écarts du tableau ci-dessus.

Il faut ajouter que l'échelle n'est pas celle du bon sens. Les décibels ne s'additionnent pas comme des euros : il faut environ dix décibels de plus pour que l'oreille perçoive un bruit deux fois plus fort. Une différence de six décibels entre deux modèles, qui paraît minime écrite sur une fiche, s'entend parfaitement depuis une terrasse.

Un chiffre sans sa distance n'est donc pas une information imprécise. C'est une information absente.

Pourquoi vous ne trouverez pas de tableau de décibels ici

Nous aurions pu recopier des valeurs trouvées ailleurs, comme le fait tout le monde. Nous ne publions aucun chiffre que nous n'avons pas mesuré nous-mêmes, et nos modèles n'ont pas encore été passés au sonomètre. Ajouter une cinquième série de nombres invérifiables au tas n'aiderait personne.

Ce que nous pouvons faire dès maintenant est plus utile : vous dire ce qui fait le bruit, ce que la loi demande réellement, et comment mesurer vous-même, chez vous ou dans n'importe quel magasin.

Le bruit qui compte n'est pas celui qu'on vous fait écouter

En magasin, la démonstration est toujours la même : on met les jets à fond, et c'est impressionnant. Or regardez comment un spa vit réellement au fil d'une semaine.

Ce qui tournePar jourQuand
Les jets de massage20 min, pas tous les joursvous êtes dedans
Le blowerquelques minutesvous êtes dedans
La filtrationplusieurs heuressouvent la nuit

Le bruit qui décidera si vous regrettez l'emplacement n'est pas celui des jets, c'est celui de la filtration. C'est le seul qui tourne quand personne ne le surveille, le seul que le voisin entend sans que vous soyez dehors, et c'est très exactement celui dont personne ne parle.

D'où le conseil le plus utile de cet article, et il ne coûte rien : en magasin, demandez à entendre un spa en filtration seule, jets coupés, et approchez-vous du tablier. Si on ne peut pas vous le faire écouter, vous n'avez pas entendu le bruit qui compte.

Ce qui fait réellement du bruit sur un spa

La pompe de circulation, ou son absence

C'est la différence de conception la plus lourde de conséquences, et elle se lit sur la fiche. Un spa peut filtrer de deux façons. Soit il possède une petite pompe de circulation dédiée, qui ne fait que déplacer l'eau lentement et en continu. Soit il n'en a pas, et il filtre en faisant tourner sa grosse pompe de massage à vitesse réduite.

Le résultat au bord du bassin n'a rien à voir. Une pompe de circulation consomme peu et s'entend à peine ; une pompe de massage, même à petite vitesse, reste une pompe de massage. Dans notre catalogue, 27 modèles ont une pompe de circulation dédiée et 9 n'en ont pas. C'est le premier point à vérifier si le spa doit vivre près d'une chambre. Le détail de ce que fait chaque pompe est dans notre article sur les pompes d'un spa.

Le blower, qui est le plus bruyant de tous

Les jets d'air ne sont pas produits par une pompe à eau mais par une soufflerie, le blower, qui pousse de l'air dans le fond du bassin. C'est l'organe le plus bruyant d'un spa, celui qui fait ce souffle continu que l'on compare souvent à un aspirateur. 17 de nos modèles en sont équipés. Bonne nouvelle : il ne fonctionne que quelques minutes, à la demande, et jamais la nuit.

Les vibrations, et le support qui les amplifie

Une partie du bruit ne voyage pas par l'air mais par la structure. Une pompe transmet ses vibrations à la coque, la coque au support, et le support fait le reste. Une terrasse en lames de bois sur lambourdes se comporte comme la caisse de résonance d'un instrument : elle peut rendre audible dans toute la maison un spa parfaitement discret posé sur une dalle.

Une dalle béton pleine, plane et continue, ne résonne pas. C'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour le bruit, et elle est de toute façon nécessaire pour la charge.

Les murs, qui renvoient tout

Un spa placé dans un angle, entre deux murs, envoie vers le voisin ce que les parois lui renvoient. À bruit égal, un emplacement dégagé s'entend moins qu'un recoin.

La loi : il n'existe pas de limite en décibels pour un spa chez soi

C'est l'idée reçue la plus répandue sur le sujet, et elle est fausse dans sa forme même. On lit partout « 5 décibels le jour, 3 la nuit », présenté comme un plafond à ne pas dépasser. Trois précisions changent tout.

Ces valeurs ne sont pas des plafonds, ce sont des émergences. L'émergence est la différence entre le niveau mesuré quand le spa tourne et le niveau habituel du lieu sans lui. Le nombre absolu ne compte pas : ce qui compte est de combien vous dépassez le silence ambiant. Conséquence contre-intuitive : le même spa, parfaitement acceptable le long d'une route passante, devient attaquable au fond d'un lotissement très calme. Plus votre quartier est silencieux, plus vous êtes exposé.

Le texte qui pose la règle générale n'est pas celui qui porte ces chiffres. L'interdiction de principe est à l'article R. 1336-5 du code de la santé publique : aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage, qu'il vienne d'une personne ou d'une chose dont elle a la garde. Aucun décibel n'y figure, et l'appréciation ne suppose pas de mesure. Les valeurs d'émergence, elles, sont à l'article R. 1336-7 et encadrent le régime des activités professionnelles, sportives, culturelles ou de loisirs.

Et surtout, le seuil se durcit avec la durée. Les valeurs d'émergence sont assorties d'un terme correctif qui dépend du temps cumulé de fonctionnement : généreux pour un bruit de moins d'une minute, il tombe à zéro au delà de huit heures. Le droit sanctionne donc exactement ce que le commerce passe sous silence : ce n'est pas l'intensité du pic qui pose problème, c'est la durée. Vingt minutes de jets sont traitées avec indulgence, une pompe qui tourne toute la nuit ne bénéficie d'aucune tolérance.

Retenez la conclusion pratique plutôt que les numéros d'articles : ce qui vous mettra en tort, ce sont les heures de filtration, pas les soirées à plusieurs dans le bassin. En cas de désaccord réel avec un voisin, la mairie et l'agence régionale de santé sont les interlocuteurs, et un constat se fait avec un appareil, pas avec une brochure.

Où poser le spa, une fois qu'on sait tout ça

  • Éloignez-le, c'est le levier le moins cher. Doubler la distance qui le sépare de la limite de propriété retire environ six décibels, ce qu'aucun équipement ne vous fera gagner.
  • Évitez le mur mitoyen d'une chambre, la vôtre comme celle du voisin. Un spa contre une façade renvoie vers l'intérieur.
  • Préférez une dalle pleine à une terrasse sur lambourdes. Si le bois est imposé, désolidarisez le spa du platelage.
  • Ne l'encastrez pas dans un angle si vous pouvez faire autrement.
  • Décalez le cycle de filtration en journée quand le panneau de commande le permet. Le bruit de fond du quartier est plus élevé, la tolérance aussi, et l'eau est filtrée tout aussi bien. Ne le supprimez pas pour autant : une eau qui ne circule pas ne se traite pas.
  • Fermez la couverture. Elle ne sert pas qu'à garder la chaleur, elle étouffe une partie du bruit de surface.

Mesurer soi-même, honnêtement

Vous n'avez pas besoin d'un laboratoire, mais une mesure faite n'importe comment ne vaut pas mieux que les chiffres du début de cet article. Quatre règles suffisent.

  • Mesurez d'abord le silence. Spa à l'arrêt, au même endroit et à la même heure. Sans cette valeur de référence, vous ne pouvez rien conclure, puisque la règle raisonne en écart et non en absolu.
  • Mesurez là où le bruit dérange, pas à côté du spa : à la limite de propriété, sous la fenêtre de la chambre. C'est le seul endroit dont la réponse vous intéresse.
  • Séparez les états. Filtration seule, jets doux, jets à fond, blower. Quatre mesures, pas une.
  • Notez toujours la distance, sans quoi votre propre chiffre sera aussi inutilisable que les autres.

Une application de téléphone suffit parfaitement pour comparer deux emplacements dans votre jardin, ou pour vérifier que la nuit est bien plus calme que le jour chez vous. Elle ne suffit pas pour publier un nombre sous son nom : le micro d'un téléphone n'est pas étalonné et se comporte mal dans les niveaux faibles, qui sont justement ceux de la filtration.

Venez écouter

Un spa se choisit à l'oreille, et personne ne peut le faire à votre place depuis une fiche. Passez au showroom, demandez la filtration seule, approchez-vous, puis reculez de quelques pas pour entendre ce que la distance fait. Apportez un sonomètre si vous en avez un : cela ne nous dérange pas, au contraire.

Et si vous hésitez entre deux modèles, le comparatif donne déjà tout ce qui pèse sur le bruit : le nombre de pompes, leur puissance, la présence d'une pompe de circulation et celle d'un blower.